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Professionnels de santé

Ouverture du capital des officines : le débat qui divise la profession

Faut-il permettre à des investisseurs non pharmaciens d’entrer au capital des officines ? La question, soulevée par le Conseil de la concurrence dans son avis sur la distribution du médicament, a mobilisé la profession tout au long de l’année 2026. Le ministre de la Santé a écarté cette piste, mais le débat s’est rouvert mi-octobre lors d’une conférence organisée à Marrakech par le Conseil de la concurrence.

Ce que dit la loi aujourd’hui

Au Maroc, la propriété de l’officine est réservée au pharmacien, qui en est à la fois le titulaire et le responsable. Ce principe, fixé par la loi 17-04 portant code du médicament et de la pharmacie, est au cœur de l’organisation de la profession et de sa déontologie.

La recommandation du Conseil de la concurrence

Dans son avis sur la distribution des médicaments, rendu public en mars 2026, le Conseil de la concurrence recommande une ouverture « maîtrisée » du capital des officines. L’institution y voit un moyen d’apporter des financements à un secteur dont une partie des officines est en difficulté. Lors de la conférence de Marrakech, en octobre, les représentants du Conseil ont évoqué des modèles étrangers : regroupements de sociétés comme en France, fonds d’investissement employant des pharmaciens salariés, ou encore l’exemple du Portugal.

La mobilisation des pharmaciens

La recommandation a provoqué une levée de boucliers. Les syndicats de pharmaciens d’officine ont rejeté la proposition et annoncé des actions nationales, dont des grèves. Début mars, le ministre de la Santé et de la Protection sociale, Amine Tahraoui, a affirmé que l’ouverture du capital des pharmacies n’était pas à l’ordre du jour et que le dialogue avec les représentants de la profession se poursuivait.

L’Ordre maintient son opposition

Le 14 octobre, lors de la conférence de Marrakech consacrée à la distribution pharmaceutique, le président du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens, Hamza Guedira, a réaffirmé que la propriété de l’officine par le pharmacien était un principe non négociable. Ses arguments, rapportés par TelQuel :

  • des investisseurs achèteraient en priorité les officines rentables des villes, pas les pharmacies fragiles des zones rurales, ce qui accélérerait la concentration au lieu de sauver les officines menacées ;
  • le pharmacien titulaire répond personnellement de ses actes devant les patients et les autorités, alors qu’un investisseur répond d’abord à ses actionnaires.

Les alternatives proposées par la profession

Plutôt que d’ouvrir le capital, l’Ordre défend d’autres pistes pour renforcer les officines :

  • la mutualisation au sein de groupements d’intérêt économique (GIE) pour acheter ensemble, investir et partager une enseigne, ce qui suppose un statut juridique adapté et un fonds de garantie ;
  • une marge fixe en dirhams, indépendante du prix du médicament ;
  • un droit de substitution par les génériques, rémunéré à l’acte ;
  • la rémunération de services pharmaceutiques.

Un débat lié à la réforme des prix

Le sujet ne peut être séparé de la réforme du prix des médicaments engagée en 2026. Chaque baisse de prix réduit la marge des officines, déjà fragilisées selon la profession. Les tenants de l’ouverture y voient une raison de faire entrer des capitaux ; ses opposants, une raison de revoir d’abord le mode de rémunération du pharmacien.

À ce jour, le gouvernement n’a annoncé aucun projet de texte sur l’ouverture du capital et sa position reste celle exprimée par le ministre en mars. Provita suivra l’évolution du dossier.

Retrouvez les syndicats de pharmaciens d’officine et les démarches de la profession dans l’Espace pharmaciens.

Sources

Capital des pharmaciesConseil de la concurrenceDistribution du médicamentOfficineOrdre des pharmaciens

Information importante : les informations publiées sur Provita sont fournies à titre informatif et ne remplacent pas l'avis d'un médecin ou d'un pharmacien. Ne modifiez jamais un traitement sans avis médical.