Décret sur le prix des médicaments : ce que prévoit la réforme et pourquoi les pharmaciens la contestent
Adopté en Conseil de gouvernement le 22 juillet 2026 et publié au Bulletin officiel début août, le décret n° 2.25.631 révise en profondeur les règles de fixation du prix public des médicaments au Maroc. Ses premiers effets se concrétisent : une première liste d’environ 150 médicaments dont les prix sont révisés a été publiée au Bulletin officiel du 15 octobre. Mais la réforme reste contestée par les syndicats de pharmaciens.
Un texte qui modifie le décret de 2013
Le nouveau décret modifie et complète le décret n° 2-13-852 du 18 décembre 2013, qui encadrait jusqu’ici le prix public de vente des médicaments fabriqués localement ou importés. Il s’applique aux médicaments à usage humain disposant d’une autorisation de mise sur le marché, y compris les autorisations conditionnelles, d’usage d’urgence ou spécifiques.
Ce qui change
Un seuil de 300 dirhams pour les princeps
Le prix des médicaments princeps est désormais révisé tous les trois ans, contre cinq auparavant, par comparaison avec les prix pratiqués dans un panel de pays de référence :
- au-dessus de 300 dirhams prix fabricant hors taxes (PFHT), le prix marocain est aligné sur le prix le plus bas observé dans les pays de comparaison ;
- à 300 dirhams ou moins, la référence est la moyenne des prix de ces pays.
Une clause de sauvegarde permet au ministre de la Santé de maintenir le prix en vigueur ou de le réviser, sur demande motivée du laboratoire, lorsque la comparaison aboutit à un prix inférieur.
Les médicaments importés
Le prix fabricant est converti en dirhams au taux moyen de Bank Al-Maghrib des trois mois précédant la fixation du prix. La marge d’approche appliquée aux médicaments importés passe de 10 % à 2,5 %, à laquelle s’ajoutent les droits de douane.
Génériques et biosimilaires
Lorsque le prix d’un princeps est révisé, ses génériques suivent le même taux de baisse, dans la limite de 15 %. Un générique ou un biosimilaire ne peut jamais être vendu plus cher que son princeps révisé. Le texte prévoit aussi des seuils minimaux : aucune baisse n’est appliquée si elle est inférieure à 1 dirham pour un médicament à 15 dirhams ou moins, et la baisse doit atteindre au moins 2 dirhams pour les médicaments entre 16 et 70 dirhams.
Un mécanisme contre les pénuries
C’est l’une des nouveautés du texte : en cas d’urgence sanitaire, de pénurie aiguë, de risque de rupture de stock ou lorsqu’un titulaire d’AMM ne peut pas répondre à la demande nationale, les ministères de la Santé et des Finances peuvent adopter des mesures exceptionnelles et temporaires pour garantir la disponibilité d’un médicament, à un prix dérogeant aux règles habituelles.
Le décret ouvre également la voie à des conventions de remise avec les industriels pour les médicaments à fort impact financier, et à des baisses de prix volontaires à la demande des laboratoires.
Un calendrier serré
Tous les médicaments commercialisés, princeps, génériques et biosimilaires, doivent voir leur prix révisé dans les douze mois suivant l’entrée en vigueur du décret. Les nouveaux prix s’appliquent au plus tard 60 jours après la publication de la décision au Bulletin officiel. La liste parue le 15 octobre constitue la première étape de ce chantier.
Pourquoi les pharmaciens contestent
La Confédération des syndicats des pharmaciens du Maroc a dénoncé l’adoption du texte. Elle dit soutenir l’objectif de baisse du prix des médicaments coûteux, mais reproche au gouvernement de ne pas avoir pris en compte ses observations et de l’avoir tenue à l’écart du dialogue.
Sur le fond, elle estime que le décret reproduit les faiblesses de celui de 2013 :
- des ruptures d’approvisionnement persistantes et la disparition de médicaments à bas prix devenus peu rentables ;
- un recul de la part de la production nationale dans la couverture des besoins, passée selon elle d’environ 80 % à environ 50 % ;
- des baisses de prix qui profiteraient surtout à certains laboratoires et aux organismes d’assurance maladie plutôt qu’aux patients ;
- une fragilisation des officines, dont la rémunération dépend du prix des médicaments, alors que les recommandations du Conseil de la concurrence n’ont pas été mises en œuvre.
La Confédération demande une révision du décret dans le cadre d’un dialogue avec la profession.
Ce que défend le ministère
Le ministre de la Santé et de la Protection sociale, Amine Tahraoui, a défendu le texte dans un entretien accordé à TelQuel fin juillet. Il y indique que le décret doit permettre d’économiser au moins un milliard de dirhams sur une année pleine. Il rappelle que les médicaments représentent environ un tiers des remboursements de l’assurance maladie, avec une croissance à deux chiffres chaque année, alors que la généralisation de l’AMO a fortement augmenté le nombre de bénéficiaires.
La révision plus fréquente des prix, l’alignement des traitements les plus chers sur les pays de référence et les conventions de remise sur les molécules les plus coûteuses doivent contenir cette dépense, tandis que le mécanisme dérogatoire vise à répondre aux tensions d’approvisionnement.
Les enjeux pour l’officine
La marge du pharmacien étant calculée en proportion du prix du médicament, chaque baisse se répercute directement sur le chiffre d’affaires des officines. C’est pourquoi la profession plaide, en parallèle, pour une réforme de son mode de rémunération, notamment une marge fixe indépendante du prix et la rémunération d’actes comme la substitution ou les services pharmaceutiques. Ce débat rejoint celui, tout aussi sensible, de l’ouverture du capital des officines.
Retrouvez les textes encadrant le prix des médicaments dans notre rubrique Législation et l’actualité de la profession dans l’Espace pharmaciens.
Sources
- Le Matin : Prix des médicaments, le Maroc revoit les règles
- TelQuel : la Confédération des syndicats des pharmaciens dénonce l’adoption du décret
- TelQuel : ce que change le décret sur la fixation des prix
- TelQuel : Prix des médicaments, Tehraoui décortique son décret
- Médias24 : une première liste d’environ 150 produits publiée au BO
- Le Desk : le décret coupe le marché en deux à 300 dirhams
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